Le Tarare ou Machine à fabriquer le vent

    Jusqu’au début du 19 ème siècle, les cultivateurs ne disposaient que de moyens très primitifs. C’est ainsi qu’après avoir coupé le blé, ou autre céréale, poignée par poignée, au ras du sol, à la faucille, ils battaient les tiges au fléau pour séparer le grain de l’épi. D’un côté on ramassait la paille à la fourche et de l’autre, le grain avec son enveloppe, qu’on appelait « balles ». Pour éliminer les balles, on attendait qu’il y ait du vent… On étendait alors un drap sur le sol et on y  versait le mélange grains-balles d’une hauteur de 1m70 environ, afin que les balles soient emportées par le vent et que les grains, plus lourds, tombent sur le drap, presque propres.

Séparer le grain des balles n’était donc possible que les jours de grand vent. C’est alors qu’en 1828, Vincent Jeannin, né à Mirebeau le 21 mai 1800, taillandier de son état, imagina une machine à « fabriquer » du vent. Plus tard, il dota son invention d’un jeu de grilles mobiles et fit breveter le « Tarare ventilateur » qu’il se mit à fabriquer, dès 1830, avec l’aide de quatre ouvriers.

Le succès fut immédiat car le besoin était  évident. A la mort de Vincent, en 1871, son fils unique, Charles -premier du nom- né à Mirebeau le 4 avril 1834, lui succéda et après lui, le fils de ce dernier: Charles -deuxième du nom- qui ajouta à la fabrication des Tarares celle des trieurs de grains, puis la vente et la réparation des premières machines agricoles.

     A la fabrication des Tarares, inventés par son grand-père Vincent, Charles ajouta une entreprise de battage à domicile avec locomotive à vapeur. Il faut noter que les premières machines agricoles rencontrèrent une vive hostilité chez les ouvriers qui redoutaient qu’elles ne leur enlèvent le pain de la bouche. On alla jusqu’à planter des pieux en fer dans les champs pour faire casser ces maudites mécaniques… Cependant, le progrès ayant toujours surmonté les obstacles, ces machines qui économisaient de la peine et donnaient du grain plus propre, s’imposèrent au fur et à mesure de leur utilisation… Le Tarare, fabriqué sous brevet dans plusieurs régions de France, rendit d’immenses services, durant plus d’un siècle.

J’avoue ma fierté de vous rapporter cette histoire, car Vincent Jeannin était mon arrière-arrière grand-père. Aujourd’hui encore, on trouve des Tarares dans bien des fermes où on les conserve soigneusement, arborant leur marque en gros caractères. Certains producteurs les utilisent toujours pour nettoyer et trier les haricots dont les procédés de récolte n’ont guère changé…  (contact: jpjeannin@9online.fr)

Photos de Trieurs de grain et Tarares Ventilateurs : en cliquant ici.

Autres liens: http://www.patrimoine-de-france.org/richesses-85-25176-166479.html (usine de construction mécanique créée par Vincent Jeannin) et le patrimoine industriel du Poitou-Charentes http://inventaire.poitou-charentes.fr/patind/pi/notice.php?id=IA86000109

Photos prises en 2009, en Amazonie péruvienne où l’on récolte encore le riz comme on récoltait le blé en France, au milieu du 19 ème siècle. Tous droits réservés. Photos jeanpierre jeannin 2009


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