Le Bourricot

Nous sommes en 1955. J’ai…nous sommes quelques uns à avoir dans les 18 ans : Jean-Claude Normand, l’ami, le frère des années culottes courtes, Jean-Louis Auger, l’élève exemplaire des classes primaires, son frère Georges, dit « Bébé », Jean Derveaux, pas encore médecin, puis Jean Pommier, pas encore curé de Lencloître et quelques autres… C’est aussi le temps de l’Abbé Gatard, « l’ami Vespa », l’un des meilleurs que nous n’ayons jamais eus…

Alors, un homme est arrivé. On ne sut pas vraiment d’où il venait ni pourquoi il en était parti mais, à défaut de bagages, il portait un tel capital de sympathie et de promesses qu’il fit rapidement la conquête de Mirebeau, toutes générations confondues…

En quelques semaines, Yvan Loupart devient plus mirebalais que les Mirebalais: il fonde une troupe scoute et lance un mensuel, "Le Bourricot", que nous finançons par la publicité des commerçants et dont la devise nous enchante : « Bien faire et laisser braire ».

Je me porte alors volontaire pour assurer une rubrique régulière dont j’emprunte –sans vergogne- le titre à Sacha Guitry : « Si Mirebeau m’était conté ». (L’ancienneté aidant, j’en ai aujourd’hui quasiment acquis la propriété)… Pensionnaire à Poitiers, je passe mes jeudis à éplucher les archives de la Bibliothèque Municipale et en rédiger un digest hebdomadaire. Premiers pas, alors insoupçonnés, d’une carrière quasiment dédiée à la "com".

Les trois premiers numéros reçoivent un accueil encourageant. Porté par ce succès et convaincu d’immunité, grâce aux références historiques, j’écris un jour cette phrase fatale et qui entache encore ma réputation… (ça, c’est peut-être un peu trop). « Les moines et les prêtres fréquentent les tavernes. Ils boivent, jouent et portent l’épée à la ceinture. Il arrive même qu’ils s’affichent en compagnie de femmes légères. Après boire, on se querelle et les clercs qui auraient dû chercher à apaiser les rixes, y prennent part »… Ce fut hélas le dernier Bourricot. Un tollé général s’abattit sur nous. Le Doyen Renaudeau en parla en chaire. On reprocha à l’Abbé Gatard de n’avoir pas censuré ces débordements. Les commerçants retirèrent leurs budgets et l’astre Loupart commença à décliner. (jpj)

                              JeanDerveaux, Yvan Loupart et Jean Pommier (L’une des premières œuvres de mon Ultra Fex, au bord du lac de Genève. A dr. M. l’Abbé Gatard


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