Dalida

Dalida ! On commémore aujourd’hui le vingtième anniversaire de sa mort et un drôle de déclic vient de se déclencher dans ma tête, qui n’a pas grand-chose à voir avec nos mémoires habituelles sur Mirebeau, ses personnages, ses rues, ses églises et ses environs… Mes doigts martèlent le clavier, lentement, un seul de chaque main et pendant ce temps les souvenirs me reviennent de Dali.

Nous nous sommes rencontrés, une première fois à Perpignan où je présentais un spectacle pour les « conventions » Renault, en 1973. Après le dîner offert aux 3.000 concessionnaires de France, l’attraction surprise était Dalida, alors numéro un du Music Hall. L’après midi, pendant les « raccords » de son et d’éclairages, nous avions fait connaissance –« Comment souhaitez-vous que je vous présente ? » – « Faites à votre style, ce que vous ferrrez sera sûrement bien »- « Oui, mais voyez-vous, je dois vous avouer que… Comment dire, eh bien, je ne vous connais pas beaucoup et pour ne rien vous cacher je n’ai aucun disque de vous ». Elle rit. –« Ce n’est donc pas vous qui m’avez engagée ? » – « Si, mais sur l’insistance de Serge André (agent de spectacle en qui j’avais toute confiance). « Il faut donc que je vous séduise  alorrs ? » – « C’est déjà fait. Vous êtes encore plus belle qu’à la télé et j’adore votre accent » -« Eh bien, il vaudrait peut-être mieux que nous en restions là et que je ne chante pas alorrrs » , me dit-elle en riant…. Au moins, la glace était-elle rompue. J’attendais qu’elle fasse ses raccords avec ses musiciens et la régie. Lorsqu’elle eut terminé, je répétais mes textes de liaisons et réglais mes éclairages en jouant quelques uns des sketches que je devais interpréter le soir.

En sortant de scène, je vis Dali que je croyais repartie à son hôtel mais qui était restée pour m’écouter. « Eh bien moi, j’aime beaucoup ce que vous faites. Vraiment j’adorre. N’est-ce pas Richard ? » dit-elle en me présentant son ami, Richard Saint Germain qui s’amusait à se faire passer pour l’ authentique comte de Saint Germain, contemporain de Louis XV.

Le soir, je fis naturellement le « lever de torchon », ce qui signifie que je m’exposais seul, le premier, devant 3000 congressistes males, sortant d’un repas manifestement trop arrosé. Depuis l’avant scène, je fus quasiment asphyxié par l’odeur de vin rouge qu’exhalait la salle. J’étais paniqué à l’idée qu’un spectateur un peu plus saoul que les autres pouvait se mettre à hurler n’importe quoi pour faire rire ce troupeau. Je me lançais néanmoins dans un de mes sketches de l’époque : « J’ai inventé le moteur à air »… Ceux qui avaient entendu commencèrent à rire et à faire chuttt ! Bientôt les rires l’emportèrent sur le brouhaha mais l’équilibre était fragile. Je craignais surtout pour Dalida dont ces connards n’allaient faire qu’une bouchée. Je restais donc jouer deux ou trois sketches de plus, puis je fis une fausse sortie pour vérifier que Dali était bien prête à faire son entrée. Elle était là, côté cour, craintive comme une petite fille devant une meute de loups. Elle me repoussa vers la scène. « Retourrnes-y », me dit-elle. « C’est Bon. Tu les tiens. Vas-y ! Garrdes-les ! »

J’enchaînais donc dix minutes de plus. Puis j’annonçais : « la plus grande dame de la chanson française… Trente millions de disques vendus… Davantage de disques d’or à elle seule que quiconque en Europe… Accompagnée par l’orchestre de Jacky La Motta, Madame Dalida ! »

Dans sa petite robe blanche longue, sans manches, portée par le seul faisceau d’un projecteur de poursuite bleuté, elle sortit des coulisses en chantant : « Avec le Temps » de Léo Ferré… Le triomphe fut à la hauteur du risque pris. C’est à peine si, un attardé, répondit à « Gigi, c’est toi là-bas dans le noir ? »… « Oui j’arrive! » Elle dû faire cinq rappels et trois milles spectateurs, conquis, la raccompagnèrent debout en scandant son nom…

Nous dînâmes ensemble et nous trouvâmes des dizaines de sujets d’intérêt communs. En nous quittant au petit matin, nous nous promirent de nous revoir, ce que nous fîmes quelques fois, notamment en faisant ensemble la tournée d’été de Sud Radio.

Chère Yolanda, j’ai évidemment pleuré lorsque tu as décidé de tirer ta révérence, pleuré de te perdre et de penser qu’il aurait peut-être suffi d’un coup de fil, d’un « Coucou ! Si on allait dîner ? »… Toi qui croyais si fort au pouvoir de l’esprit, à l’au-delà et à l’éternité, je dis pour toi seule ceux de mes sketches que tu aimais le plus et je crois, aussi fort que toi, à notre prochaine rencontre. (jpj) (jpjeannin@9online.fr)

Photo de jeanpierrejeannin extraite de l’Album "Photos d’Ailleurs"/Artistes

 

Commentaires (3)

Patrice – 14 Mai, 2007 – Supprimer

Belle rencontre  à la croisée de chemins existentiels.Une grande Dame, qui clamait en accents et notes chaleureuses, les charmes et les joies de la vie. Vous étiez de la même génération ou presque . Beaux souvenirs … 

J-N carrier – 24 Mai, 2007 – Supprimer

Hello

Quelques lignes pour dire que j’étais venu voir Dalida

Mais en fait il y a de très belles photos également

Encouragements

Amicalement

A+

JN

catherine m – 25 Mai, 2009 – Supprimer

ma mère a un dvd de 7 heures de dalida elle le regarde tous les jours et apprécie ses chansons ses robes sa facon d etre cest sa lumière a ma mère qui souffre de la maladie d alzeimer ce repère est très important pour elle alors j ai appris a ecouter dalida pas mal bisous bonne journée cat


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