Z’Euro est arrivé ! (Bis)

Je n’ai pas l’habitude de servir deux fois le même plat. Si je remets les Z’Euros à la une, c’est parce que je suis agacé d’entendre caissières, journalistes,  animateurs ou rédacteurs de pub s’abstenir de faire les liaisons qui s’imposent. Savent-ils qu’indépendamment de l’erreur qu’ils commettent, ils sont surtout ri-di-cules. Messieurs les rédacteurs en chef, que diriez-vous d’une amende de dix ou vingt t’euros aux zappeurs de liaisons? Il ne manque pas de justes causes pour se donner ensuite bonne conscience.   ECRIVEZ-MOI : leblogdejeanpierre@live.fr

Z’Euro est arrivé ! (publié le 13 mai 2008) 

Au tableau d’horreur (édité le 2 juin 2007) où l’on épingle, punaise, agrafe, cloue, ceux qui nous horripilent, nous agacent, nous contrarient, nous révoltent, nous irritent, nous hérissent et nous les brisent grave, il y a tous les jours, les caissières de petites et grandes surfaces annonçant d’un air détaché, le regard perdu sur la caissière voisine : «  Soixante-troi /euros, quatre-vingt ! … Vous n’auriez pas troi / euros par hasard ? »

Qui a décrété de zapper la liaison et qui décide de ne pas corriger ces horreurs ? Jusqu’à quand va-t-on supporter des additions de « vin euros » ? Les mêmes profèrent cependant que « les z’euros ont fait augmenter les prix ». Ils disent aussi « un n’enfant ». Pourquoi ne diraient –ils pas « un n’euro », « des z’euros », « trois z’euros » et « trois cents z’euros » ? Encore faudrait-il une fois pour toute leur rappeler que cent prend un « s » au pluriel s’il n’est suivi d’aucun autre nombre. On écrit « trois cents » mais on doit écrire « trois cent vingt ». Et me voilà donnant des leçons, moi qui ne cesse de sanctionner ma prose par l’usage quasi abusif du dictionnaire.

Que les caissières me pardonnent car il y a bien plus grave : les journalistes et les rédacteurs de spots de pub ! Ne sont-ils pas supposés savants ? Ne devraient-ils pas user d’un français châtié et exemplaire ?

Les fauteurs d’euros pluriels éviteraient-ils la liaison de peur de se tromper, par crainte maladive des liaisons dangereuses ? Dans ce cas c’est gagné, si l’on peut dire… et même le Conseil Supérieur de l’Audio visuel (CSA) déplore cette situation.

Au rythme de la régression scolaire dont les jeunes témoignent aujourd’hui, on va bientôt manger des « galettes de Pon /Aven » et chanter que l’on n’a pas tous les jours « vin / ans ». Elkabach est déjà sur la bonne voie lorsqu’il évoque « les jeu / olympiques ».

Moi qui eut un oncle correcteur d’imprimerie, une terreur familiale, qui ne supportait pas la moindre entorse au vocabulaire, à la syntaxe ou à la grammaire, j’imagine les protestations qu’il aurait adressées aux rédactions des médias.

S’il vous plaît, Monsieur le Directeur des hôtesses de caisses, Madame la boulangère et Monsieur le boucher, Monsieur mon médecin et Monsieur mon marchand de fraises, Monsieur Elkabach et Madame la présentatrice du JT… faites gentiment la liaison entre les euros et le nombre qui les précède. Ce ne sera pas moins cher mais ce sera plus élégant. Et bon souvenir de Mirebeau, « le pays des z’ ânes ». (jpj) Lire "Le tableau d’horreur".  Contact <jeanpierrejeannin@msn.com>

Les défenseurs de cette incongruité linguistique –car il y en a- feignent de croire que le Traité de Maastricht a imposé cette invariabilité à l’ensemble des pays membres, ce qui, naturellement, est faux Le mot apocope, ou amputé de sa terminaison, « Euro-pe », adopté à Madrid en 1995, aurait pu, théoriquement, être le même, unique et invariable, dans toutes les langues officielles de l’Union européenne. Ainsi en italien, le seul mot dont le pluriel ne se termine pas par un « i » est euro et en Angleterre -où la monnaie unique n’a toujours pas été adoptée- l’euro ne prend pas de « s » au pluriel. Mais dans la pratique, il en alla différemment. Les Irlandais paient en « eoro » ou « eora ». Les Lettons parlent d’ « eira ». Les Lituaniens d’ « euras », les Slovènes d’ « evro », les Turcs d’ « avro »… j’en passe et sans préjuger des nouvelles formes qui ne manqueront pas de voir le jour ici ou là. En réalité la Constitution de l’Europe signée à Maastricht précise bien que « le nom d’euro qui va désormais remplacer l’Ecu (European Currency Unit), ne préjuge en rien des règles grammaticales en cours dans les pays membres ». En clair chaque pays doit donc respecter sa coutume linguistiaque.

 


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