La chaisière

    contact  < jpjeannin@9online.fr  >

    Du fabricant de chaises, j’avoue ne pas me souvenir suffisamment pour rapporter ici des détails sur son travail, comme certains me l’ont suggéré. Cependant, par une association d’idée bien naturelle, je me souviens parfaitement de la chaisière qui officiait (si l’on peut dire) le dimanche matin à l’église.  

    A cette époque, disons fin des années 50’, les offices religieux du dimanche, faisaient encore recette. Les familles pratiquantes, nettement majoritaires, bénéficiaient de places réservées et dûment numérotées. La mienne se tenait dans la travée de droite au niveau du deuxième pilier. Juste assez loin pour voir le doyen en chaire sans se tordre le cou. D’une voix qu’il adaptait naturellement à l’acoustique des voûtes, évidemment sans micro, le prêtre dominait parfaitement l’assemblée. Je le revois –c’était alors le Chanoine Renaudeau- s’arrêter en plein sermon pour suivre, d’un regard glacial, une paroissienne en retard jusqu’à ce qu’elle atteigne sa place… C’est dans les minutes qui précédaient l’entrée de l’officiant que la chaisière entrait en scène. Sacoche de cuir en bandoulière, comme les encaisseurs de bus, elle recevait d’une main, rendant la monnaie de l’autre. Quant à la quête, c’est le doyen en personne, ou son vicaire parfois, qui la faisait; ces choses-là ne se déléguaient pas…  

    La paroisse avait aussi son sacristain, arrivé par hasard, un beau jour, pendant la guerre, avec un gros chat gris sur les épaules. Il avait traversé la France à pied, depuis Lille ou la Belgique, peut-être un peu simple, à moins qu’il n’ait beaucoup souffert. En tout cas, il n’est plus jamais reparti.  

    Gamins, notre état d’enfants de chœur avait de multiples avantages: l’uniforme d’abord, cardinalesque: soutane rouge et surplis blanc amidonné par les religieuses du Bon Secours. Puis les privilèges spéciaux, oh combien convoités, comme celui de servir à droite, qui comprenait l’usage de la clochette et la préparation de la communion. Il s’agissait alors, sous les centaines de regards braqués, dominant son trac, de s’avancer vers l’assistance, fermer le portillon de la sainte table et la recouvrir d’une nappe brodée, puis tenir le plateau d’or sous la gorge des communiants agenouillés, en regardant les filles si proches, bouche ouverte et yeux clos, avec l’espoir qu’Annie me fera un signe… Si le signe venait, alors je devenais beau et grand et fort car j’allais l’aimer toute ma vie…  

    Accompagner le prêtre dans les rues, le précédant de quelques pas en agitant la clochette, lorsqu’il allait donner l’extrême onction, était un autre de mes rôles favoris, dramatique certes, mais pour lequel j’échangeais volontiers deux services à droite… Un baptême, un mariage ou un enterrement supposait toujours un bon pourboire dont nous usions plutôt pour fumer, mais le plaisir suprême, celui que je conserve intact encore aujourd’hui, était de sonner les cloches à grande volée, me laissant soulever en l’air par le bourdon, enivré de carillon et jouissant de tout mon être par la sensation de voler…  (jpj)

          

                           M.le Curé Doyen, Chanoine Xavier Renaudeau 


One response to “La chaisière

  • jean-pierre

    Les chaises ne sont plus payantes, les cloches sont électriques et le curé a un micro sans fil… mais qu\’est devenue la barrière que vous appelez "sainte table" et qui était magnifique si l\’on en juge par le morceau qui demeure du côté de la sacristie? On m\’a dit que cette oeuvre était signée de M. Noazet, plusieurs fois médaillé comme l\’un des plus fameux artisans ferroniers d\’art de France (que l\’on trouve d\’ailleurs dans votre galerie Personnages)? On devrait pas permettre que n\’importe qui puisse massacrer le patrimoine. On a bien sauvé le calvaire pourtant construit par le sulfureux abbé Vachère… C\’est comme le kiosque… Heureusement qu\’il y a encore les cartes postales!    

%d blogueurs aiment cette page :